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Comprendre Les COV – Qu’est-Ce Que C’est Et Pourquoi Ils Sont Invisibles Mais Cruciaux En Chasse

Les composés organiques volatils (COV) sont des molécules organiques – souvent de petite taille – qui s’évaporent très facilement à température ambiante. Dans le corps humain, ils naissent de multiples processus métaboliques : digestion, production d’énergie, réactions inflammatoires, activité microbienne, etc. On peut les trouver dans l’haleine, la transpiration, les urines, et même le sang exposé à l’air. Au total, chaque être humain émet des centaines de COV différents de manière constante . Une étude recensant la « volatilome » humaine indique que plus de 1849 espèces de COV ont été détectées dans notre haleine, notre sueur, et autres sécrétions corporelles1.


Parmi ces composés, certains sont assez connus des scientifiques du diagnostic médical. L’acétone, par exemple, est un déchet du métabolisme des graisses – sa concentration dans l’air expiré augmente quand on jeûne ou on suit un régime cétogène. L’isoprène est un autre COV largement émis, issu du renouvellement du cholestérol dans l’organisme. On détecte aussi de l’éthanol, du méthanol (du bois), du formaldéhyde, des hydroxycétones et de multiples hydrocarbures (comme le benzène) produits naturellement en petites quantités . Chacun de ces métabolites est toujours présent, même si leurs concentrations varient selon le régime alimentaire, l’état de santé, la respiration ou l’activité physique de la personne. 2 .


Ce qui fait la puissance des COV comme vecteurs d’odeur, c’est leur volatilité et la très haute sensibilité des récepteurs olfactifs des prédateurs ou chiens de chasse. Leur concentration typique dans l’air expiré reste extrêmement faible (souvent de l’ordre de quelques dizaines ou centaines de parties par milliard – ppb ), mais ces niveaux sont parfaitement suffisants pour un animal au flair affûté. Les tests avec des chiens le confirment : ils peuvent détecter un composé volatil à moins d’une partie par trillion (1 ppt) – soit des millions de fois moins que les instruments de laboratoire ordinaires. Pour donner un ordre d’idée, c’est comme verser une goutte d’eau dans vingt piscines olympiques : un chien aurait le flair pour la retrouver . Inversement, l’odorat humain ne capte généralement que les COV présents en ppm (milliers de fois plus concentrés)3 .

Ainsi, tous ces COV constituent à notre insu une « signature odorante » permanente. Sur le plan chimique, c’est ce que l’on appelle la volatilome humaine, l’ensemble des émissions volatiles d’un individu. Cette volatilome change avec l’âge, le régime, les émotions, etc. De fait, des chercheurs ont montré qu’un « profil d’odeur » unique émerge de chaque personne : sa composition en COV peut même être influencée par des facteurs génétiques comme l’allèle HLA exprimé . En chasse, cette signature rend chaque chasseur reconnaissable individuellement – tout comme les tissus ou les effluves laissés sur le parcours.


Pourquoi tout cela est-il invisible mais crucial en chasse ? Parce qu’un chasseur peut sembler « propre » visuellement ou olfactivement (selon notre nez, on sent peu ou pas de mauvaise odeur), mais il restera toujours détectable par les animaux. Le cerf ou le sanglier habite un monde chimique : il se fie aux molécules en suspension dans l’air4 . Plus de 80 % de l’odeur humaine « captée » par ces animaux provient de la respiration . Chaque expiration jette dans l’air un mélange de COV qui, même en quelques molécules, déclenche l’alerte. Par comparaison, la simple odeur de transpiration (sueur) est moins importante : elle n’est pas totalement absente, mais la majeure partie de l’information provient bien de l’intérieur du corps.


Cette réalité est souvent méconnue des chasseurs. Des articles de recherche font circuler le chiffre de « 80 % de l’odeur vient de l’haleine », ce qui peut surprendre. Ce chiffre n'est pas issu d'une étude unique sur un panel de chasseurs, mais il est corroboré par la physiologie et la science de l'habillement. En effet, l'air que vous expirez est un flux continu et riche en composés organiques volatils (COV). En revanche, l'habillement agit comme une barrière qui absorbe et retient les COV de la peau, réduisant leur libération dans l'environnement5.


De plus, le vent agit comme un vecteur qui projette ces molécules de la respiration sur de longues distances, amplifiant massivement leur signature olfactive. Le souffle, un "jet d'air riche en centaines de molécules", peut créer une véritable "piste olfactive"6. En raison de la rétention des odeurs de la peau et de l'amplification des odeurs de la respiration par le vent, la contribution de la peau est largement éclipsée. Cela signifie que l'odeur que les animaux détectent le plus est celle qui provient de votre souffle.


L'odorat animal a la capacité d'« accumuler » ces signaux dans le temps. Les chiens, par exemple, sont capables de détecter des odeurs à des concentrations 100 000 fois inférieures à celles des humains. Un chien peut suivre une piste sur plusieurs jours car les COV se déposent sur la végétation et le sol. Cela signifie que même un chasseur qui se croit discret laisse derrière lui une traînée chimique persistante7.

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En conclusion, comprendre les COV, c’est reconnaître que l’odeur humaine est largement invisible à l’œil nu et à notre nez, mais qu’elle est criante pour un animal. Tout chasseur relèvera que c’est la respiration qui parle le plus fort. Les COV exhalés constituent la base de cette « langue » olfactive : ils sont notre parfum naturel (bien malgré nous) dans la forêt. Ignorer leur présence, c’est risquer de se faire repérer alors qu’on croyait être totalement camouflé. C’est pourquoi, en chasse, la première précaution n’est pas seulement de nier l’odeur, mais de s’intéresser aux mécanismes biologiques qui la produisent.

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Références

 

1- Amann, A., de Lacy Costello, B., Miekisch, W., Schubert, J., Buszewski, B., Pleil, J., Ratcliffe, N., & Risby, T. (2014). The human volatilome: Volatile organic compounds (VOCs) in exhaled breath, skin emanations, urine, feces and saliva. Journal of Breath Research, 8(3), Article 034001. https://doi.org/10.1088/1752-7155/8/3/034001

2- Filipiak, W., Mochalski, P., Filipiak, A., Ager, C., Cumeras, R., Davis, C. E., Agapiou, A., Unterkofler, K., & Troppmair, J. (2016). A compendium of volatile organic compounds (VOCs) released by human cell lines. Current Medicinal Chemistry, 23(17), 2112–2131.
3- Parr-Cortes, Z. (2020). How do dogs respond to olfactory changes associated with human health and stress? [Thèse de doctorat, University of Bristol]. Bristol Research Information.

4- McCoy, C. (n.d.). The Science Behind a Deer's Sense of Smell & Scent Control. North American Whitetail. Consulté le 18 août 2025, sur https://www.northamericanwhitetail.com/editorial/science-behind-deers-sense-of-smell-scent-control/368596

5- Soares, T. A., Owsienko, D., Haertl, T., & Loos, H. M. (2023). Recovery rates of selected body odor substances in different textiles applying various work-up and storage conditions measured by gas chromatography–mass spectrometry. Journal of Chromatography A, 1685, Article 463680.

6- Celani, A., Villermaux, E., & Vergassola, M. (2014). Odor landscapes in turbulent environments. Physical Review X, 4(4), Article 041015. https://doi.org/10.1103/PhysRevX.4.041015

7 - 1- McCoy, C. (n.d.). The Science Behind a Deer's Sense of Smell & Scent Control. North American Whitetail. Consulté le 18 août 2025, sur https://www.northamericanwhitetail.com/editorial/science-behind-deers-sense-of-smell-scent-control/368596

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